Cherche homme (et femme) politique de courage et de conviction

De là où je suis, c’est-à-dire venant de la société civile, comme on dit, et pas encartée, donc suscitant la plus grande inquiétude de la part de mes « amis » comme de celle de mes adversaires, je peux me permettre d’observer cette vie politique qui s’agite autour de moi. Tout n’est pas toujours joli à voir, mais cela, chacun peut s’en douter.

Un collègue m’a bien fait rire l’autre jour en m’appelant « Robin des Bois ». J’aurai déjà eu tous les qualificatifs : « la mascotte », peut-être parce que je suis une femme (car on n’aurait jamais appelé ainsi un homme, me semble-t-il) ; on me dit « communautariste », tout simplement parce que je porte une attention aux habitants qui ne sont pas tous de souche alsacienne lointaine et que souvent ils me le rendent bien et font partie de mes plus grands soutiens. Mais quoi de plus normal que de s’intéresser à tous les habitants ! Je me préoccupe de tous, et particulièrement de celles et ceux qui en ont le plus besoin, qui viennent vers moi parce qu’ils me connaissent ou qu’ils ont entendu parler de moi, qui savent que je serai accessible et que je les écouterai sans les juger. Ce sont ceux qui ne savent pas comment prendre rendez-vous, comment s’adresser aux élus, comment faire pour obtenir une réponse de la Ville. Ce sont les gens les plus modestes.

Certains élus ont peur des pauvres, ou ils les méprisent, ou ils les ignorent, ou ils n’imaginent pas un seul instant ce que cela peut vouloir dire, être « pauvre ». Mais pour les connaître, pour les comprendre, pour agir non pas contre les pauvres mais contre la pauvreté, ne faut-il pas d’abord se rendre disponible pour les entendre, pour partager avec eux ce qu’ils ont à nous dire. C’est ce que je fais, c’est ce que j’essaye de faire et les plus modestes m’impressionnent jour après jour par leur résilience, par leur capacité à organiser leur vie, à se contenter de ce qu’ils ont, à élever leurs enfants dignement, à rire, à vivre. Alors serais-je une Robin des Bois ? Oui, je viens en aide aux pauvres mais je ne vole pas les riches !

On fabrique donc de moi une image, qui voudrait bien correspondre à des catégories toutes faites qui arrangent bien ceux qui me les attribuent. Ce sont des préjugés qui restent dans leur imaginaire. Je lutte contre les préjugés, car ils ne reposent sur rien, sur aucune réalité. Je lutte contre les préjugés et contre ceux qui les véhiculent et les confortent. Quand ce sont des hommes et des femmes politiques qui font cela, c’est encore plus grave. Car que devrait-on attendre d’un responsable politique ? Une haute idée de sa responsabilité, justement.

Etre responsable en politique, c’est faire preuve de clairvoyance, c’est montrer du courage, c’est être guidé par des valeurs et agir avec cette conviction ancrée en soi, c’est s’intéresser aux autres et pas à sa petite carrière et à son compte en banque. C’est aussi rester modeste soi-même et je ne dirai donc jamais que j’ai ces qualités, mais ce sont celles que je recherche, pour moi-même et pour les hommes et femmes politiques que je souhaite soutenir, aujourd’hui, demain. Je dois malheureusement constater que ces qualités restent rares dans notre environnement politique. Ma liberté est de choisir celles et ceux que je vais soutenir, mais ce choix ne se fait pas sur des appartenances partisanes, même si la fidélité est une autre qualité que je défends (fidélité à ceux qui m’ont accordé leur confiance pour être élue dans une équipe et sur un projet). Mon choix ira toujours vers celui ou celle qui saura faire preuve de ces qualités d’abnégation et d’engagement républicain pour les valeurs de solidarité, de liberté, d’égalité, qui sont et doivent rester fondamentales. Mon choix ne porte pas sur des ambitions personnelles mais sur une ambition collective.

Nous avons connu dans notre histoire, récente ou plus ancienne, des hommes et des femmes d’Etat de grande envergure, qui font la fierté de notre nation. Ceux-là se font malheureusement de plus en plus rares. C’est bien ce qui explique la rupture entre le peuple et ses dirigeants. Il faut aujourd’hui en finir avec ces manières arrogantes de faire de la politique. Etre élu n’est pas un métier, être élu n’est pas une supériorité. Oui, il y a une large part de sacrifice lorsque l’on accepte de s’engager en politique, non pas pour soi mais au service de ses concitoyens et de l’idée que l’on se fait d’une société moderne. Il faut que cela reste ainsi. Bien des comportements doivent changer dans les pratiques politiques. Les citoyens retrouveront leur confiance en des élus qui fixeront un cap, au lieu de faire le lendemain le contraire de ce qu’ils ont dit la veille, qui oseront, au lieu de suivre le sens du vent. Ce n’est pas la politique qui n’intéresse plus les citoyens, ce sont les citoyens qui se sont affranchis de leurs dirigeants.

Après cette nuit démocratique, tout est possible, le pire ou le meilleur. Je travaille obstinément pour éviter le pire et pour préparer le meilleur.

Fatima Jenn, le 18 décembre 2016 (photo, au Cercle Martin Luther King Haut-Rhin)