Cinq années de lutte contre les violences faites aux femmes

C’est un projet mené avec détermination et beaucoup de persévérance qui se concrétise aujourd’hui à Mulhouse pour lutter contre les violences à l’égard des femmes. Depuis cinq ans, nous menons ce combat ! En 2008, la Ville de Mulhouse, sous l’impulsion de ma délégation aux Droits des femmes, a lancé l’idée d’une plate forme permettant de réunir associations et institutions pour faire face à ce fléau social : une femme décède tous les trois jours en France sous les coups de son conjoint ou ex-conjoint. Les chiffres parlent mais la réalité est plus grave encore que ce que peuvent révéler les statistiques : beaucoup de femmes restent encore dans le silence ou se croient coupables – car c’est ce que leur font croire leurs « amis » pervers narcissiques – ou elles croient aimer leur compagnon… jusqu’à la dérive finale.

Notre première préoccupation à Mulhouse a été de mettre autour d’une même table les personnes capables ensemble d’observer, d’analyser et de traiter localement les situations rencontrées : la Police Nationale, la Justice, le Conseil Général, l’Education Nationale, les Centres Hospitaliers et bien sûr les associations, l’Association d’aide et d’accueil des victimes de violences conjugales, de violences volontaires ou bien encore des victimes d’agressions sexuelles (ACCORD 68), l’Association Générale des Familles, l’association APPUIS qui accueille dans notre ville les ménages sans logis ou en difficulté de logement mais qui a aussi ouvert un lieu d’écoute pour personnes auteurs de violences en famille, l’Association syndicale des familles monoparentales et recomposées (AFMR), l’Association de Soutien aux Femmes battues, le CIDFF, le Planning familial, le Mouvement du Nid,…

Ensemble, depuis 5 ans, nous avons pu mener un travail minutieux et ce que nous avons semé commence à porter ses fruits. Pendant ces cinq années, il fallait convaincre, mobiliser les énergies, construire. Nous avons tout d’abord cherché à sensibiliser et, pour cela, nous avons pu nous appuyer sur la visibilité publique de la Journée internationale de la lutte contre les violences faites aux femmes qui a lieu chaque année le 25 novembre. Nous avons créé l’Observatoire des violences intrafamiliales et faites aux femmes (OVIFF). Cet espace d’échanges et de réflexion permet l’analyse et le recensement des différentes données produites par les institutions et les partenaires (police, associations, médecins, justice, …). Il est appelé à devenir un vecteur de communication et d’information qui pourra publier régulièrement ses données et analyses. La Ville a nommé Claire Felter à la coordination de ce projet. Responsable de la lutte contre les violences faites aux femmes au pôle Prévention, Sécurité et Risques Urbains de la Ville de Mulhouse. Dans cette fonction, elle met en œuvre le projet, elle est un interlocuteur et un représentant de l’Observatoire, elle assure la dynamique partenariale. La Ville a créé un Comité de pilotage qui se réunit au moins trois fois par an en réunion plénière. Son rôle est de dresser le bilan des actions entreprises, de valider les objectifs et modalités de développement du projet. Il propose des orientations. Il est chargé de son suivi, de son bon fonctionnement ainsi que des moyens pour atteindre les objectifs. J’ai aussi voulu m’appuyer sur un Conseil scientifique. Celui-ci a été constitué le 11 juin 2012. Il est pour nous très précieux car il nous offre une véritable expertise et élargit nos partenaires avec les personnes les plus compétentes. Avec ce conseil scientifique, nous veillons non seulement à la qualité du travail mais aussi et d’abord à une éthique. Chaque activité, chaque action proposée l’est d’abord en fonction de cette éthique, les valeurs d’égalité, la défense des droits et la protection des personnes.

Je remercie très sincèrement toutes celles et ceux qui apportent leur essentielle contribution à ce Conseil : Jean-Marc BECKER, Administrateur du Centre Socioculturel Papin et membre de la commission nationale d’éthique des centres socioculturels, Karine MOUGIN, chercheur au CNRS, Adeline MULLER, juriste à la Ville de Mulhouse, Jean-Marc DEZEQUE, directeur de l’Ermitage, Françoise STORTZ, chargée de formation à l’ISSM, Mauricette JACQUOT, retraitée de l’Action Sociale, Mary DEMEUSY, avocate au Barreau de Mulhouse, Raji PARISOT, professeur d’Economie à l’Université de Strasbourg.

Les actions menées pour sensibiliser la population ont pu se voir dans toute la ville. La campagne d’affiches et la diffusion sur tous les quartiers des fameux sacs rouges portent l’attention sur le numéro d’urgence que tout le monde devrait connaître, le 3919.

Je considère comme exemplaire également la formation que nous avons pu mener auprès des policiers municipaux. La police municipale intervient en première ligne tout comme la police nationale en cas de signalement de violences intrafamiliales et conjugales. Afin d’aider les policiers à mieux appréhender ces situations, la formation mise en place par des intervenantes du Centre National d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles (CIDFF) et animée par Mesdames Liliane Bick et Agnès Deshayes, a réussi ses objectifs. Les participants ont pu mieux comprendre les mécanismes de violences au sein de certains couples – le film « ne dis rien », réalisé par Iciar Bollain, est de ce point de vue très éclairant – ; ils ont pu mieux connaitre le réseau vers lequel orienter les victimes.
La première édition de l’annuaire « violences intrafamiliales et faites aux femmes. Comment vous aider ? » date de 2009. Deux nouvelles versions de l’annuaire présentant les associations, les institutions et de nouvelles structures sont sorties depuis. Ce document permet d’améliorer la connaissance des acteurs clés dans la lutte et la prise en charge des victimes. Il détaille leurs missions, leurs actions… Il permet ainsi d’orienter de façon pertinente et d’améliorer la coordination et la prise de relais entre les partenaires.

Notre travail mulhousien a été reconnu au niveau européen. Depuis janvier 2011, Mulhouse est partenaire de Daphné III. Ce programme a pour objet, je cite, de « contribuer à la protection des enfants, des jeunes et des femmes contre toutes les formes de violence et parvenir à un niveau élevé de protection de la santé, du bien-être et de cohésion sociale, en prenant des mesures préventives et en offrant une assistance et une protection aux victimes et aux groupes à risque ». Nous avons bâti un partenariat avec nos amis bulgares de National association of municipal clerks, espagnols de l’Ayuntamiento de Valencia-Policia local ainsi que de la Fundacion comunidad Valenciana-Region Europea, enfin avec nos amis anglais de la Coventry University. Le projet s’appelle d’un mot qui évoque peut-être le froid – il s’appelle Iceberg ! – mais la chaleur de nos contacts et des échanges qui ont pu se dérouler entre nos différents pays est extraordinaire. J’ai eu la chance de pouvoir en témoigner à Bruxelles et c’est avec beaucoup de plaisir que nous avons accueilli à Mulhouse les délégations invitées.

Que ce soit au niveau local ou au niveau international, nous avons beaucoup à partager, nous avons beaucoup à apprendre les uns des autres. Après cinq ans d’action, nous avons encore beaucoup à faire ensemble. Ce que je vous dis aujourd’hui n’est pas du tout un bilan mais un nouvel engagement pour demain. Plus aucune femme ne doit souffrir dans sa chair et dans son âme de la violence ! Plus aucun acte ne doit rester impuni ! Plus aucun enfant ne doit être témoin de scènes traumatisantes dans son environnement familial – il faut savoir que 40 % des enfants vivant dans des milieux de violences reproduisent les mêmes violences à l’âge adulte – Plus aucune personne, victime ou auteur, ne doit se trouver sans solution ! C’est tout le sens de notre détermination, de notre volonté d’agir. Pour que Mulhouse soit une ville protectrice, une ville solidaire.