Une histoire, une volonté d’agir

Les Conseils citoyens sont prévus pour être mis en place en janvier 2017 dans les six quartiers prioritaires de la Politique de la Ville à Mulhouse. Leurs membres seront issus d’une liste de personnes tirées au sort. C’est une démarche innovante prévue par la loi. Le temps maintenant est à la visite de chacune des personnes figurant sur cette liste, à leur domicile. Jour après jour, assistée d’une de mes collaboratrices des services de la Ville, j’arpente donc les quartiers et je rencontre les gens, des hommes, des femmes, des jeunes, des vieux… Ces visites sont de grands moments d’humanité.

L’autre jour, je me suis ainsi rendue à une des adresses de ma liste. Je monte les escaliers, car il n’y a pas d’ascenseur, jusqu’au 5ème étage ! Je frappe à la porte. On ne nous répond pas. Je frappe à nouveau. Une toute petite voix tremblante dit : « Entrez », mais personne n’ouvre la porte. Nous n’osons pas ouvrir. Je frappe donc à nouveau et après un certain temps une personne vient enfin nous ouvrir. C’est une vieille dame, très âgée, elle nous dira avoir 93 ans, elle avait laissé sa porte sans verrou car elle attendait le pharmacien. Elle nous dit : « Je croyais que c’était lui, il entre directement pour m’apporter mes médicaments, c’est la seule visite que je reçois de toute façon. J’habite ici depuis 50 ans et depuis des années, personne n’est venu me rendre visite ».

Visite après visite, ce sont des situations comme celle-ci que je rencontre. On y apprend beaucoup plus que dans toutes les réunions institutionnelles sur la « politique de la ville ». On y apprend la « vraie vie » des « vrais gens ». On côtoie ainsi la très grande solitude, la présence à nos côtés de personnes oubliées de tous, même des plus proches voisins. Ce genre de visite ne peut que nous donner des idées pour agir, des idées souvent très simples à réaliser : pourquoi par exemple ne pas organiser un réseau de visiteurs à domicile bénévoles pour aller vers les personnes seules, les personnes très âgées ? Peut-être est-ce que cela se fait déjà ? Si oui, il faut le renforcer, si non, il faut le faire. Cette vieille dame, bien sûr, ne pourra jamais rejoindre notre conseil citoyen mais sa rencontre a été pour moi essentielle. Notre visite amicale lui a fait le plus grand bien, elle a pu parler à quelqu’un, en alsacien (avec ma collaboratrice), elle a pu nous raconter son histoire et cette histoire, comme celle de toutes les personnes que j’ai pu ainsi rencontrer ces derniers temps, va m’inspirer, va inspirer mon action.

C’est le premier résultat de la démarche entreprise pour « revaloriser les zones urbaines en difficulté et réduire les inégalités entre les territoires, en donnant la parole et le pouvoir d’agir aux habitants et acteurs de ces quartiers », pour reprendre les objectifs que nous nous sommes fixés à Mulhouse pour nos actions à Bourtzwiller et dans les quartiers Franklin-Fridolin/Wolf-Wagner/Vauban-Neppert, Drouot, Briand/Brustlein, Fonderie, les Coteaux.

Donner le pouvoir d’agir aux habitants, ce n’est pas seulement remettre sur la voie de l’emploi les plus jeunes éloignés du monde de l’entreprise, c’est aussi recréer du lien avec les plus âgés éloignés du monde tout court, c’est inventer des manières d’agir ensemble pour aider les gens à mieux vivre au quotidien et pour certaines personnes, ce peut être déjà beaucoup de leur apporter chaque jour la baguette du boulanger, les médicaments du pharmacien et surtout un sourire et quelques nouvelles de la vie d’en bas, cinq étages en dessous. Ce ne doit pas être si compliqué à faire. Il suffit d’en avoir envie, d’en avoir la volonté.