L’histoire de Fatima Jenn

La vie, les rêves, les émotions, les enthousiasmes, les révoltes de Fatima Jenn sont, comme pour chacun et chacun, dans des souvenirs personnels, dans son enfance marocaine, dans sa jeunesse alsacienne, dans sa vie d’adulte en responsabilités : mère de famille (un garçon et une fille, aujourd’hui adultes et dont elle peut être fière), présidente d’association, élue locale. Chacun est le produit de son histoire. Mais il y a quelque chose de plus dans cette femme-là, quelque chose qui s’appelle l’histoire collective. La vie, les rêves de Fatima Jenn lui viennent de la lutte des suffragettes pour le droit de vote des femmes, de la résistance de Rosa Parks pour l’égalité entre les Blancs et les Noirs aux Etats-Unis. Les enthousiasmes, les révoltes de Fatima Jenn lui viennent de ses rencontres avec toutes celles et ceux qu’elles croisent tous les jours dans les rues de Mulhouse, aussi bien Porte Jeune que Place du Rattachement.

Ni maîtres ni domestiques

Enfant, elle a grandi dans une famille proche de la terre, parfumée des senteurs de blé et de fleurs des champs. Fatima admirait son père, un homme droit, juste, respecté. Elle admirait sa mère, une femme modeste, dévouée, attachante. Dans sa fratrie pourtant, Fatima s’est toujours un peu distinguée des autres : elle n’a jamais attaché d’importance aux barrières sociales. Avec elle, il n’y a ni maîtres ni domestiques, il y a des hommes et des femmes. Ses amies étaient plus pauvres qu’elle, sans doute, mais elles étaient ses amies, sans aucune autre considération. Elle est comme ça, Fatima : chez elle, le cœur ne s’ouvre pas au nom de la morale, mais au nom de l’amour et de l’amitié.

Entre les mondes

Après ses études secondaires, Fatima Jenn s’est inscrite en faculté de physique – chimie à l’Université de Haute Alsace. Mais elle a vite ressenti le besoin d’élargir son horizon et elle a opté pour prolonger ses études vers le Commerce international. L’association qu’elle a créée ensuite était le développement d’une ambition : que le commerce entre la France et le monde arabe soit une opportunité pour l’une comme pour l’autre. Fatima a la France dans son cœur depuis toujours, la France des Droits de l’Homme, la France des peintres et des écrivains, la France du général de Gaulle et du maréchal Lyautey. Elle ne les a jamais considérés comme des colonisateurs mais comme des hommes de culture et d’esprit. Fatima a le Maroc dans sa mémoire, dans toutes les fibres de son corps. Le Maroc est une porte entre les mondes, entre tradition et modernité, entre la mer et le désert, entre la terre et le ciel. Dans la culture musulmane, on baise la terre avec respect et on élève son cœur vers le ciel.

Fatima Jenn a épousé l’Alsace et l’Alsace a bien voulu d’elle, elle lui rend son amour au centuple. Cette région est aussi une porte entre les mondes. Blottie dans sa vallée rhénane large comme une plaine, l’Alsace est paysanne et ouvrière, agricole et industrielle, travailleuse et ambitieuse, enracinée et éclairée. Fatima aime l’Alsace dont le cœur bat aussi fort que le sien.

Sur les traces de Rosa Parks et Martin Luther King

Une femme comme elle ne pouvait décidément pas passer inaperçue. Le Département d’Etat américain l’a invitée en 2008 aux Etats-Unis. Elle a visité les lieux des luttes pour « l’égalité raciale ». Fatima Jenn est profondément marquée par ce voyage sur les traces de Rosa Parks et de Martin Luther King. Imaginez cette ville, Montgomery (Alabama) où, jusque dans les années 60, on imposait aux Noirs la séparation d’avec les Blancs, dans les autobus, dans les commerces, dans la rue même (chacun son trottoir, les Blancs à l’ombre, les Noirs au soleil). Imaginez le courage des résistants contre le racisme et la ségrégation. En 2008, elle a suivi Obama dans sa campagne. Quel symbole que cette Présidence des Etats-Unis, dans une Amérique qui n’a pas définitivement rompu avec cette histoire !

Pour le pouvoir d’agir de chacun

Une femme comme elle ne pouvait pas non plus être ignorée des hommes politiques alsaciens à la recherche de compétences et de talents pour composer leurs listes aux élections locales. Quand Jean-Marie Bockel l’a contactée, elle a dit : « Oui ». Oui, parce que son père, avant elle, avait été élu local, oui, parce qu’elle avait saisi les limites de la vie associative et les opportunités de l’action politique pour faire avancer ses idées au service de tous. Dès son entrée en politique, elle est donc devenue adjointe au maire et elle l’est toujours restée depuis, d’un premier mandat à un deuxième. Elle a agi pour les droits des femmes, contre les violences qu’elles subissent, contre les inégalités, pour la diversité. Elle est aujourd’hui aussi au Département pour les mêmes raisons qu’elle est à la Ville, pour l’intérêt général, c’est-à-dire au service de toutes celles et ceux qu’elles croisent quotidiennement dans la rue et qui lui accordent sa confiance. Elle agit pour la protection de l’enfance, pour les solidarités, pour la dignité du logement et du cadre de vie, pour le pouvoir d’agir de chacun…

Dans la vision du monde de Fatima Jenn, il n’y a pas un trottoir de gauche et un trottoir de droite, l’un à l’ombre et l’autre au soleil, il y a une rue et cette rue appartient à tous.

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