Ma vie, mes rêves, mes émotions, mes enthousiasmes, mes révoltes sont, comme pour chacune et chacun, dans des souvenirs personnels, dans mon enfance marocaine, dans ma jeunesse alsacienne, dans ma vie d’adulte en responsabilités : mère de famille (un garçon et une fille, aujourd’hui adultes et dont je suis fière), présidente d’association, élue locale. Chacun est le produit de son histoire. Mais il y a quelque chose de plus dans ce que je peux être aujourd’hui, quelque chose qui s’appelle l’histoire collective. Ma vie, mes rêves me viennent de la lutte des suffragettes pour le droit de vote des femmes, de la résistance pour l’égalité entre les Blancs et les Noirs aux Etats-Unis. Mes enthousiasmes, mes révoltes me viennent de mes rencontres avec toutes celles et ceux que je croise tous les jours dans les rues de Mulhouse, aussi bien Porte Jeune que Place du Rattachement.

Ni maîtres ni domestiques

Enfant, j’ai grandi dans une famille proche de la terre, parfumée des senteurs de blé et de fleurs des champs.  J’ai toujours admiré mon père, un homme droit, juste, respecté. J’ai toujours admiré ma mère, une femme modeste, dévouée, attachante. Dans ma fratrie pourtant, je me suis toujours un peu distinguée des autres : je n’ai jamais attaché d’importance aux barrières sociales. Avec moi, il n’y a ni maîtres ni domestiques, il y a des hommes et des femmes. Mes amies étaient plus pauvres que moi, sans doute, mais elles étaient ses amies, sans aucune autre considération. Jer suis comme ça : chez moi, le cœur ne s’ouvre pas au nom de la morale, mais au nom de l’amour et de l’amitié.

Entre les mondes

Après mes études secondaires, je me suis inscrite en faculté de physique – chimie à l’Université de Haute Alsace. Mais j’ai vite ressenti le besoin d’élargir mon horizon et j’ai opté pour prolonger mes études vers le Commerce international. L’association que j’ai créée ensuite était le développement d’une ambition : que le commerce entre la France et le monde arabe soit une opportunité pour l’une comme pour l’autre. J’ai la France dans son cœur depuis toujours, la France des Droits de l’Homme, la France des peintres et des écrivains, la France du général de Gaulle et du maréchal Lyautey. Je ne les ai jamais considérés comme des colonisateurs mais comme des hommes de culture et d’esprit. J’ai le Maroc dans ma mémoire, dans toutes les fibres de mon corps. Le Maroc est une porte entre les mondes, entre tradition et modernité, entre la mer et le désert, entre la terre et le ciel. Dans la culture musulmane, on baise la terre avec respect et on élève son cœur vers le ciel.

J’ai épousé l’Alsace et l’Alsace a bien voulu de moi, je lui rends son amour au centuple. Cette région est aussi une porte entre les mondes. Blottie dans sa vallée rhénane large comme une plaine, l’Alsace est paysanne et ouvrière, agricole et industrielle, travailleuse et ambitieuse, enracinée et éclairée. J’aime l’Alsace dont le cœur bat aussi fort que le mien.

Sur la trace des  résistants pour l’égalité et les droits humains

Le Département d’Etat américain m’a invitée en 2008 aux Etats-Unis. J’ai visité les lieux des luttes pour « l’égalité raciale ». J’ai été profondément marquée par ce voyage. Imaginez cette ville, Montgomery (Alabama) où, jusque dans les années 60, on imposait aux Noirs la séparation d’avec les Blancs, dans les autobus, dans les commerces, dans la rue même (chacun son trottoir, les Blancs à l’ombre, les Noirs au soleil). Imaginez le courage des résistants contre le racisme et la ségrégation. En 2008, j’ai suivi Obama dans sa campagne. Quel symbole que cette Présidence des Etats-Unis, dans une Amérique qui n’a pas définitivement rompu avec cette histoire !

Pour le pouvoir d’agir de chacun

La femme engagée que j’ai toujours été ne pouvait pas être ignorée des hommes politiques alsaciens à la recherche de compétences et de talents pour composer leurs listes aux élections locales. Quand Jean-Marie Bockel m’a contactée, j’ai dit : « Oui ». Oui, parce que mon père, avant moi, avait été élu local, oui, parce que j’avais saisi les limites de la vie associative et les opportunités de l’action politique pour faire avancer mes idées au service de tous. Dès mon entrée en politique, je suis donc devenue adjointe au maire et je le suis restée d’un premier mandat à un deuxième. J’ai agi pour les droits des femmes, contre les violences qu’elles subissent, contre les inégalités, pour la diversité. Je suis aujourd’hui au Département pour les mêmes raisons que je le suis à la Ville, pour l’intérêt général, c’est-à-dire au service de toutes celles et ceux que je croise quotidiennement dans la rue et qui m’accordent leur confiance. J’agis pour la protection de l’enfance, pour les solidarités, pour la dignité du logement et du cadre de vie, pour le pouvoir d’agir de chacun…

Dans ma vision du monde, il n’y a pas un trottoir de gauche et un trottoir de droite, l’un à l’ombre et l’autre au soleil, il y a une rue et cette rue appartient à tous.