Impliquer les vrais gens

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Fin 2016, lorsque j’annonçais comment nous allions constituer nos conseils citoyens à Mulhouse, beaucoup me regardaient avec de grands yeux étonnés et dubitatifs. Cela fait 40 ans que la politique de la ville se donne pour ambition de faire participer les habitants aux projets urbains et sociaux qui les concernent dans leur quartier. Mais si les intitulés et les sigles (HVS, DSQ, DSU …) changeaient à chaque fois que nous changions de ministre – et il y en a eu beaucoup ! – il est resté toujours la même constante : la participation des habitants, cela n’a jamais vraiment fonctionné. Il fallait donc changer de méthode et prendre les choses à bras le corps pour agir autrement. C’est ce que nous avons fait à Mulhouse.

Un changement de méthode

La méthode quelle est-elle ? D’abord, il s’agit d’impliquer les « vrais gens », pas ceux qui ont l’habitude de fréquenter les institutions, les réunions, les couloirs de la mairie. Les vrais gens, ce sont ceux qui ne se croient pas compétents pour participer à des réunions avec des messieurs en cravate qui parlent bien et qui ont toujours réponse à tout. Les vrais gens, ce sont ceux qui sont trop dans les difficultés de tous les jours pour penser à autre chose qu’à la survie quotidienne. Les vrais gens, ce sont ceux qui ne croient pas que cela puisse servir à quelque chose de prendre la parole dans une réunion, parce que de toute façon, pensent-ils, cela ne changera rien et ils n’y croient plus depuis longtemps. Donc les vrais gens, ceux qui sont pourtant les premiers concernés par ce que doit faire la politique de la ville, nous ne les rencontrions jamais.

Pour constituer les conseils citoyens, nous avons alors décidé de procéder par un tirage au sort qui devait viser tous les habitants. Un tirage au sort néanmoins modulé pour être certains d’avoir dans notre liste de conseillers des femmes et des hommes, à parité, et également, c’était une volonté forte : des jeunes, dès l’âge de 16 ans, Le tirage au sort s’est donc fait sur la base de plusieurs listes disponibles : les fichiers de la taxe d’habitation, mais aussi le fichier des jeunes connus de notre Service Etat-civil, ainsi que le fichier des entreprises et des associations de quartier. Pour avoir des jeunes, nous avons fait une pondération d’au moins 1/3 de jeunes de 16 à 30 ans, en relation avec leur poids dans la population mulhousienne. Nous avons pu constater aussi, avec une certaine surprise, la mobilité des gens dans nos quartiers, puisque beaucoup d’adresses avaient changé.

Un travail de conviction

Tout cela, vous l’imaginez bien, c’était un travail important et tout le monde s’y est mis pour y parvenir : les chefs de projet de la Ville et nos partenaires comme les bailleurs. Que tous en soient aujourd’hui remerciés !
Mais une fois que nous avions pu sortir une liste de 250 personnes dans chacun des quartiers prioritaires, le travail ne s’arrêtait pas là. Il fallait ensuite convaincre les gens pour qu’ils acceptent de répondre favorablement à notre invitation.

Le deuxième travail, plus important encore, a donc été le porte à porte. C’est le seul moyen efficace, car il faut atteindre les personnes directement et faire preuve de toute la pédagogie nécessaire pour expliquer et motiver. C’est l’élue elle-même, en l’occurrence moi-même, qui faisait ce porte à porte, accompagnée par une cheffe de projet. Nous avons alors rencontré des personnes aux situations très diverses : beaucoup se disaient pas disponibles ou pas compétents. Mais tous étaient de fait plutôt fiers que l’on se déplace chez eux, que l’on ait pensé à eux.

Comprendre le vécu des habitants

Ce porte à porte nous a fait aussi mieux comprendre la réalité de la vie de nos habitants dans les quartiers populaires. Au final, à partir des 250 personnes au départ, nous avons pu constituer un panel de 40 personnes par quartier prêts à intégrer le conseil citoyen.

Arrive alors la troisième étape, celle sur laquelle nous travaillons depuis six mois : accompagner les futurs conseillers pour développer ce qui est essentiel, leur pouvoir d’agir, cela veut dire leur capacité à faire changer des éléments de la vie quotidienne là où ils habitent, là où ils vivent. Cet accompagnement, nous le faisons avec des intervenants spécialisés qui nous aident dans la démarche. Je les en remercie aussi. L’accompagnement, c’est donner confiance aux personnes, mais c’est aussi leur faire comprendre les étapes nécessaires pour définir un projet d’actions.
Il faut d’abord recenser les besoins et seulement après, préciser les priorités. Ceci pour la méthode.

Mais il faut aussi apprendre à travailler en groupe dans une structure commune, sans hiérarchie mais dans le respect de chacun. La plupart n’ont jamais connu cela dans leur vie.
Ce sont les conditions nécessaires pour élaborer un projet ensemble, utile pour les habitants et surtout réalisable.

Il est temps maintenant                 installation des conseils citoyens 4

Nous en sommes là aujourd’hui. Je suis fière de voir le travail qu’ils ont déjà accompli en amont et tout au long de cette année pour parvenir maintenant à ce temps officiel où nous pouvons enfin lancer nos conseils citoyens. Il n’y a plus de temps à perdre, mais je vous assure que nous n’en avons pas perdu au cours de l’année écoulée. Il est temps maintenant d’y aller et que chacun joue pleinement son rôle, agir pour son entrée d’immeuble, c’est déjà agir pour son quartier et agir pour sa ville tout entière. C’est cela le message que nous portons tous ensemble : agir, c’est possible et vouloir, c’est pouvoir.
Nous allons faire mentir l’idée que la concertation, cela ne marche pas ; la participation, nous y croyons.

(Fatima Jenn, novembre 2017)

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