Pas sans les habitants !

(mon intervention au Conseil municipal de Mulhouse le 19 décembre 2019 au sujet du programme de renouvellement urbain ANRU 2)

Je voudrais souligner l’importance de la délibération de ce jour, puisque dans notre ville, près d’un habitant sur deux vit dans un quartier concerné par le Nouveau Programme National de Renouvellement Urbain (NPNRU). L’objectif est de transformer en profondeur les territoires concernés.

C’est un programme pluriannuel long puisqu’il doit nous mener en 2030. Il s’inscrit dans la continuité du programme précédent, le PRU1, mené de 2005 à aujourd’hui.

Enfin, et surtout, c’est un programme intercommunal, porté par M2A, dans lequel, il est vrai, Mulhouse est principalement concernée avec ses trois quartiers dits « d’intérêt national ».

Je veux donc d’abord saluer la qualité du projet porté par M2A et la qualité de l’action de l’ANRU pour accompagner nos communes dans cette vaste opération de requalification urbaine.

Nous sommes là sur des budgets conséquents :

Près de 140 millions d’euros sont accordés par l’ANRU, en subventions et en prêts d’Action Logement, pour mener à bien ces opérations se répartissant entre les trois quartiers (Coteaux, Drouot et Péricentre).

Focus sur les écoles

Je voudrais faire, si vous me le permettez, un petit focus sur les écoles. Pour les Coteaux, c’est 10 millions d’euros pour chacun des trois groupes scolaires au programme. La subvention ANRU vient en accompagnement, de l’ordre de 16 à 17 % en subventions sur chacun des groupes. Les enseignants, les parents, les enfants attendent avec impatience cette refonte de l’offre scolaire sur leur quartier. J’aimerais que l’on puisse très vite leur dire vers où nous allons, avec quelles priorités, dans quelles échéances. Depuis le comité d’engagement du 17 juillet, presqu’un semestre s’est écoulé. Aux Coteaux, les habitants m’alertent sur les urgences dont ils sont témoins tous les jours : la dégradation des établissements scolaires n’attend pas 2030. Les réponses doivent être immédiates.

Focus sur le logement

Pour le logement, c’est la même chose. Parlons des ilôts très dégradés du Péricentre. L’urgence est encore plus grande. C’est la sécurité même des familles qui est en question. La subvention ANRU doit couvrir 50 % du budget engagé. 886 logements doivent être réhabilités et 523 autres résidentialisés. Nous serons attentifs à ce que la mixité sociale soit préservée et que l’offre commerciale soit dynamique et conforme aux besoins de proximité et à l’attractivité des entrées de ville.

Pour les espaces publics, l’ANRU intervient à un peu plus du quart du budget global. Que ce soit aux Coteaux, au Drouot, à la Fonderie ou à Briand, ce qui est attendu, c’est plus qu’un projet urbain, c’est un projet humain, nous sommes dans un devoir de solidarité entre toutes les parties de la ville.

Mon intervention aujourd’hui sera surtout de vous dire: PLUS HAUT ! PLUS VITE ! PLUS FORT !

Notre ambition doit être à la hauteur des enjeux.

Des opportunités ignorées par la municipalité depuis 2018

Je suis obligée pourtant de dire, madame le Maire, que je ne vous fais pas confiance pour conduire ce vaste projet. Clairement, ma rupture de confiance s’est confirmée lorsque vous avez refusé d’inscrire notre action municipale dans le projet Cœur de ville. Celui-ci était une opportunité sans précédent pour agir vite et bien pour nos entrées de ville qui aujourd’hui sont toutes dans une situation déplorable. Comment voulez-vous que les Mulhousiens aient le moral lorsqu’ils peuvent constater tous les jours en entrant dans leur ville l’état de notre Péricentre ? Comment voulez-vous qu’ils puissent être fiers de leur ville ? Ce n’est pas moi seulement qui ai une rupture de confiance avec vous, ce sont les Mulhousiens ! Cœur de ville nous aurait permis de mobiliser en quelques mois les aides des dispositifs Denormandie contre les logements indignes, notamment par des mesures d’incitation fiscale. Cœur de ville nous aurait permis de concevoir un projet global pour le Péricentre intégrant la Tour de l’Europe dans une dynamique de quartier. Le temps perdu, il nous faudra le rattraper : plus vite, plus haut, plus fort ! Et bien, nous le ferons, mais sans vous !

Et les habitants dans tout ça ?

Aux Coteaux, les habitants concernés par les démolitions se sentent abandonnés par la Ville, aucune information digne de ce nom, ils sont seuls face aux bailleurs et les bailleurs sont seuls face aux habitants. Et que dire des copropriétés ? 150 copropriétaires de la résidence Nations concernée par la démolition n’ont pas assisté à la réunion d’information du 18 novembre et sont dans l’ignorance la plus totale de ce qui les attend. Comment construire sa vie sans même savoir où l’on va habiter demain ? Comment porter de la considération envers les institutions et envers la collectivité quand celles-ci vous ignorent ? Par votre absence, Madame le Maire, vous confortez les habitants dans un rejet de ce programme ANRU dont il est question aujourd’hui. Or, la participation des habitants est une condition essentielle de la réussite de ce programme. Pourtant, la loi, l’Etat, l’ANRU sont au service de la collectivité pour réaliser dans la sérénité le renouvellement urbain. Au-delà de la gestion administrative et financière, il y a la gestion humaine qui est totalement défaillante à Mulhouse depuis longtemps. Ce n’est en rien la faute des services techniques qui font ce qu’ils peuvent, avec un manque crucial de moyens humains et logistiques, c’est le pilotage qui est défaillant. Alors, l’ANRU, oui ! mille fois oui ! mais pas sans pilote, et surtout pas sans les habitants ! Je vous remercie.