“Si vous pensez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance”

(mon intervention au Conseil municipal de Mulhouse, le 7 février 2019)

Nos délibérations de ce jour sur les questions d’éducation dans notre ville m’inspirent trois sentiments différents que je ne manquerai pas de vous exprimer : une satisfaction, une inquiétude et ma vigilance ensuite, une interpellation enfin.

La satisfaction d’abord, celle de la réussite de l’expérience des dédoublements de classe. Des chercheurs de la direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance (DEPP) de l’Education Nationale ont fait connaître les premiers résultats portant sur 15 000 élèves de CP répartis dans 408 écoles en France.

Ceux-ci sont très encourageants.

Les élèves font des progrès de façon très nette :

Autour de 2000 élèves en grande difficulté en français ont comblé leur retard, et 3000 élèves en mathématiques.

Plus de 98 % des professeurs disent qu’ils peuvent mieux repérer les besoins des enfants et mieux y répondre.

Les dynamiques de classe ont été améliorées.

Les écarts se réduisent entre les territoires défavorisés et les autres.

Il faut donc poursuivre dans cette voie, voulue par le Gouvernement et partagée par toute la communauté éducative. Car il faut savoir qu’à Mulhouse, la situation reste très préoccupante.

Chaque année, 320 jeunes Mulhousiens sortent du lycée sans solution, sans aucune qualification.

Il s’agit souvent de jeunes décrocheurs, âgés de 14 à 16 ans.

Huit décrocheurs sur 10 viennent d’établissements REP +. Plusieurs facteurs expliquent cela : des élèves issus de familles classées en situation défavorisée avec toutes les difficultés d’accompagnement du côté de ces familles, un taux de décisions de passage en voie pro très supérieur à la moyenne, une mobilité réduite des élèves dans le post 3ème qui concentrent tous leurs demandes sur un secteur géographiquement limité.

La Ville de Mulhouse devrait apporter sa contribution aux actions de persévérance scolaire (anticiper pour éviter le décrochage) et au raccrochage des jeunes qui quittent le système éducatif sans aucune qualification.

L’État (le Rectorat) attend cela de notre Ville.

Une inquiétude et la nécessaire vigilance ensuite, elles concernent le transfert programmé des collégiens de Kennedy nécessité par les travaux qui seront entrepris par le Département dès cet été. Ce sont 750 élèves qui, à la rentrée, vont se retrouver à proximité immédiate des 850 élèves de Villon. Cela crée une situation potentiellement explosive. Le Département veut adapter les horaires des uns et des autres, mais cela ne sera pas suffisant, car les enfants ne vont pas manquer de traîner un peu à la sortie des cours, vous vous en doutez ! Nous ne sommes pas à l’abri de phénomènes de bandes entre les Villon et les Kennedy. Les proviseurs et enseignants sont aujourd’hui très inquiets. Il faudra donc mettre les moyens humains et d’accompagnement nécessaires pour prévenir les risques que tout le monde craint : y compris les parents et les élèves eux-mêmes. Quels moyens la Ville se donne-t-elle pour garantir la tranquillité de tous sur ce territoire mulhousien ?

D’autre part on sait que l’extension de Kennedy n’est possible que parce que le PLU a rendu constructible une parcelle boisée. Ce PLU a-t-il été concerté avec les habitants ?  Vous êtes-vous donné les moyens pour que tout se passe bien ? La concertation est nécessaire, quand la loi l’exige certes, mais aussi à, chaque fois qu’il s’agit d’un projet tel que celui-ci, où sont en jeu non seulement les questions d’éducation, mais aussi le cadre de vie.

Je demande qu’une concertation s’engage pour requalifier la parcelle boisée qui restera, en espace vert ouvert au public et donc également aux scolaires de l’établissement voisin.

Mon interpellation maintenant ! Le Département et l’Etat ont mis en chantier la future carte scolaire.

La 8ème Commission du Département travaille sur cette carte dans sa réunion de demain. On sait que la Ville a tout fait, au moment où la carte était redessinée, pour que Kennedy accueille des enfants venant de quartiers qui vont bien. Décidera-t-on enfin d’accorder la même importance à tous les territoires de la ville, et de répondre aux attentes et aux besoins des habitants des quartiers qui vont mal. Or, les collèges les plus en tension sur la ville sont aussi ceux qui connaissent les plus grandes difficultés : Wolf, Villon, Macé, Coteaux. Voulez-vous la mixité sociale ou optez-vous pour la relégation ? La Ville est attendue pour accompagner humainement les évolutions qui concernent tous les Mulhousiens.

La Ville a reçu de l’Etat en 2018 pas moins de 23 millions d’euros de la DSU (Dotation de Solidarité urbaine) et plus de 3 millions de la DPV (Dotation de la Politique de la Ville), près de 27 millions au total, en fort accroissement par rapport à l’année précédente.

Cet argent doit aller là où il le faut vraiment, être consacré à l’humain tout autant qu’à l’urbain. C’est de l’éducation dont nous parlons ici : l’éducation est le chemin de l’émancipation et de la réussite.

L’éducation est la fabrication de l’avenir.

Modifier la carte scolaire, ce n’est pas bricoler les petits arrangements, c’est imaginer la ville de demain.

Les parents comme les enseignants, toute la communauté éducative, attendent une écoute, non seulement de l’Etat et du Département, mais aussi de la Ville et des élus de proximité. Répondons à cette attente ! Y êtes-vous prêts ?