Le peuple y est prêt, les élus le sont-ils ?

Le pouvoir d’agir est cette capacité qu’ont les gens de trouver en eux-mêmes les ressources pour conduire leur vie malgré toutes les contraintes auxquelles ils sont confrontés, et elles sont nombreuses. Dans une période où nous perdons des emplois, nous perdons aussi des richesses et donc des moyens pour agir. Il est fini le temps où nous pouvions compter sur un argent public distribué pour venir en appui aux projets. Cela, chacun le sait, chacun en a pris conscience. Les élus ne cessent pas de répéter qu’ils n’ont plus le budget suffisant pour répondre aux multiples besoins. Certains en restent là et disent : « Nous ne pouvons rien faire », pendant que d’autres vont chercher à augmenter vos impôts.

Les uns comme les autres doivent changer leur manière de raisonner. C’est toute une manière de gouverner qui doit être remise en question. Je sais, car j’en suis témoin tous les jours, que le peuple y est prêt, quand les élus, beaucoup en tout cas, restent encore dans une logique aujourd’hui dépassée.

La seule manière de raisonner doit être de chercher à développer les solidarités. Où va-t-on si les plus riches se mettent à accuser les plus pauvres pour leur pauvreté ? Où va-t-on si les plus installés se mettent à accuser tous ceux qui le sont moins pour leur différence ? Nous allons à la catastrophe.

Face aux clivages, à la division, il y a la Solidarité. Seule la solidarité peut recréer de la cohésion sociale, nous prémunir des discriminations, écarter tous les dangers d’une société divisée. Seule la solidarité peut faire gagner l’économie. Seule la solidarité permet de trouver des solutions ensemble. C’est en tirant chacun vers le haut que l’on tirera vers le haut les territoires, un quartier, une ville, le pays.

Quand je dis que le peuple y est prêt, c’est parce que je vois les gens chaque jour être capables de créer, d’inventer, de nouvelles solidarités, souvent les plus simples, les plus concrètes, mais les plus efficaces, qui ne coûtent rien mais qui rapportent beaucoup.

Les élus doivent accompagner ce mouvement solidaire, ils ne sont plus des distributeurs d’argent mais des distributeurs de pouvoir. Encore faut-il qu’ils acceptent de partager ce pouvoir, qu’ils reconnaissent l’expertise d’usage des habitants, qu’ils appuient les initiatives, qu’ils accordent a priori leur confiance. Ce dont nous avons besoin aujourd’hui, c’est d’une gouvernance (c’est-à-dire une manière de gouverner) qui soit partagée, qui soit moderne, qui soit adaptée à la situation. « Gouverner, c’est prévoir », dit une citation célèbre. Je complèterais par cette autre idée, tout aussi importante : « Gouverner, c’est partager ». Les élus y sont-ils prêts ?