Restaurer l’équité territoriale

Le Président de la République Emmanuel Macron a installé le 22 mai 2018 le Conseil présidentiel des villes et présenté sa vision d’une politique nouvelle en direction des banlieues et des territoires fragiles. Il a puisé la plupart des idées présentées lors de cette intervention dans le rapport de Jean-Louis Borloo avec qui j’ai eu l’honneur et le plaisir de travailler pour sa conception et sa rédaction et dans les rapports des groupes de travail mis en place par le Ministère auxquels j’ai également collaboré. Je ne vais pas les citer ici tant elles sont nombreuses, mais elles touchent tous les domaines, avec des priorités : l’emploi et la formation professionnelle, l’éducation, la santé, le logement… Toutes visent à restaurer l’équité territoriale. Toutes ont pour ambition de restaurer la confiance là où elle s’est perdue après des décennies d’échec de la politique de la ville.

Le droit commun: la même chance pour tous

Certes, il n’y aura pas de « plan », mais peu importe les mots, l’essentiel seront les actes. N’est-ce-pas Emmanuel Macron lui-même qui, en novembre, avait décidé un « plan de bataille » ? Six mois plus tard, il n’y a aucun désaveu de qui que ce soit, et certainement pas un désaveu de nos travaux depuis six mois autour de Borloo et autour des ministres Mézard et Denormandie, mais la nouvelle « bataille » qui s’engage est celle de mobiliser le « droit commun » d’abord. Là est l’essentiel de ce que je voudrais retenir des propos du Président de la République : si enfin, nous pouvions traiter tous nos territoires, qu’ils soient les centres de nos villes ou qu’ils en soient la périphérie de la même manière, avec la même attention, les mêmes investissements publics et humains, ce serait déjà un immense progrès. Il en est de la responsabilité de nos collectivités locales, de nos agglomérations, de nos départements, sans tout attendre de l’Etat. On sait pourtant qu’il existe un retard immense qu’il est urgent de combler. C’est le sens de la politique de la ville qui ne vient pas se substituer au droit commun –ce qui s’est malheureusement trop souvent vu dans le passé – mais qui intervient pour rattraper ces retards.

Très engagés dans les associations Ville et banlieue et dans notre collectif Territoires gagnants, mes amis maires de villes de banlieue (en photo ici, Guillaume Delbar, maire de Roubaix, et Philippe Rio, maire de Grigny) se sentent seuls à faire face à tous les décrochages que connaissent les habitants de leur commune. Ils attendent de l’Etat une présence plus forte et plus ambitieuse. Ils attendaient donc un « plan », avec des engagements financiers, et sont déçus de ce qui leur est annoncé… Je comprends leur déception. Moi-même, j’observe avec regret que la composition du Conseil présidentiel des villes, qui se veut représentatif, oublie nos spécificités que ces derniers mois je n’ai pas cessé de défendre. Nos territoires d’Alsace connaissent sans doute des problèmes du même ordre que les banlieues d’Ile de France, mais les solutions ne peuvent pas être les mêmes ici, chez nous, pour de multiples raisons : notre histoire, nos relations transfrontalières, nos dynamiques urbaines qui ne sont pas du tout les mêmes à Mulhouse qu’à La Courneuve… Je voudrais insister également sur nos territoires ruraux qui, eux aussi, sont des territoires très fragiles. Le Président ne les a pas oubliés. Mais on ne les retrouve pas dans la composition du Conseil. Où sera la voix de leurs habitants demain ? Où seront nos analyses ?

Des solutions gagnantes pour nos territoires

Le Chef de l’Etat a mis en avant les questions de sécurité. C’est tout à fait normal, c’est son rôle, c’est sa fonction régalienne, c’est ce que l’on attend d’un Président de la République. Si le rapport Borloo n’insistait pas sur ces questions, c’est qu’il s’est construit (coconstruit) autour d’acteurs de la politique de la ville mobilisés d’abord sur l’accès aux droits : le droit au logement, le droit à l’emploi, le droit à l’éducation, le droit à la santé… tous mobilisés sur les enjeux de cohésion sociale. Le rapport est le reflet de ceux qui l’ont travaillé et les 150 personnes que j’ai pu moi-même auditionner à Mulhouse, les 400 personnes réunies le 29 janvier aux Etats Généraux dans notre ville, ont exprimé d’abord ce que nous attendions : des solutions gagnantes pour nos territoires et pour les habitants. Ils sont tous des « faiseux », pas des « diseux ». Ils vivent dans les quartiers, ils n’en vivent pas ! J’habite moi-même un quartier qui est devenu aujourd’hui un quartier prioritaire. Nous attendons les uns et les autres que notre parole soit entendue, au-delà des 25 membres du Conseil présidentiel des villes qui sont ce qu’ils sont.

Il est question d’un changement de méthode. Nous ne comprenons pas encore très bien quels contours prendra ce changement, au-delà de l’effet de communication. Nous attendions des précisions sur ce que signifiera concrètement l’action Cœur de quartier dont il est aujourd’hui question. L’outil ANRU, un outil précieux mais qui fonctionne mal, sera maintenu mais amélioré et il faut s’en féliciter. Nous apprécions que le Président parle de ces « mamans » que nous rencontrons tous les jours et qui prennent leur vie en main, courageusement. Nous apprécions que le Président lance un grand défi pour proposer des stages à nos enfants collégiens de 3ème . Nous apprécions que le Président engage l’Etat à accompagner les parents pour lutter contre les risques de radicalisation. Ce sont des idées que nous exprimons dans nos Conseils citoyens. De prochains Etats Généraux seront organisés sur les questions de sécurité.

Ce 22 mai n’est pas un aboutissement. Il est une étape. Il n’est pas dans notre ADN de baisser les bras, pas dans le mien en tout cas. #AudaceEspoir