RSA et Bénévolat

Mesdames et messieurs, chers collègues

Je ne reviendrai pas sur le contexte qui nous amène à nouveau aujourd’hui à une délibération sur l’aide financière et l’accompagnement social que la collectivité apporte à 20 200 foyers haut-rhinois par le biais du Revenu de Solidarité Active. Vous l’avez dit, c’est pour le Département une charge qui explose, qui n’a pas cessé d’augmenter ces dernière années et aucun indicateur économique ne peut aujourd’hui nous rassurer sur cette évolution. La situation de l’emploi se dégrade encore et on peut supposer sans risquer de se tromper que lorsque l’emploi reviendra enfin, les chômeurs de très longue durée, en fin de droits Pôle Emploi depuis longtemps, seront les derniers à retrouver le chemin de l’emploi, à supposer qu’ils en aient encore la capacité mentale et physique. Il nous faut donc bien répondre à la gravité de cette situation par une politique forte et engagée, à mener par l’État, par les communes qui sont le premier échelon de la proximité, et bien entendu en premier lieu par le Département qui est, de par ses compétences, le premier chef de file de l’insertion et, en tant que présidente de la Xème Commission, j’y prends toute ma part.

Je défends, avec toute l’énergie que vous me connaissez, l’exigence d’une mobilisation forte de la collectivité pour venir en aide aux plus démunis et aux plus fragiles de nos concitoyens. Je défends l’exigence de ne laisser personne au bord de la route, si tant est qu’il ait besoin de notre solidarité. Je défends l’innovation sociale pour rechercher et trouver les bonnes solutions. Je défends pour les personnes concernées le souci de les remettre dans une direction positive, de les aider à retrouver leur pouvoir d’agir sur leur vie, sur leur destin, sur leur parcours personnel et sur leurs relations sociales. Il faut qu’elles sortent de la spirale négative, qui va de la perte de l’emploi à la perte de leur santé, qui va de leur pauvreté à leur grande solitude affective et culturelle.

Oui, les bénéficiaires du RSA, pauvres de longue durée, sont dans une situation de plus en plus préoccupante : solitude, dégradation de la santé, perte totale de confiance en soi et plus encore de confiance en l’autre, malbouffe, mal-vie, mal-être…

Oui, les bénéficiaires du RSA, pour beaucoup d’entre eux, ont besoin de notre accompagnement. Pour certains, ce ne sera peut-être qu’un coup de pouce, pour d’autres, ce sera une intervention plus lourde, plus sur la durée, agissant en même temps ou dans un ordre de priorité sur tous les aspects de la vie.

Je rêve qu’ils retrouvent tous le chemin de l’emploi, de la vie sociale, de l’insertion.
La pauvreté n’est pas une cause de nos difficultés économiques et sociales mais bien une conséquence. Il faut s’attaquer à cette pauvreté en amont et en profondeur. Les gens ne sont pas des chiffres mais des personnes qui vivent des situations qu’il nous faut comprendre pour pouvoir les accompagner vers une sortie digne et vers l’emploi. J’entends dire parfois : « Encore faut-il qu’ils le veuillent ! ». la majorité le veule. Sur mon canton, je rencontre au quotidien des personnes concernées par cette aide et je suis à chaque fois sidérée par ce qu’elles m’expliquent, autant qu’admirative de leur motivation et de leur énergie pour combattre la pauvreté. Je pourrais vous faire part de quelques situations vécues, parmi beaucoup d’autres, à l’appui de ce que je vous exprime, mais on me dit que le temps est trop court ici pour le faire. Je reste à votre disposition hors séance pour le faire avec celles et ceux d’entre vous qui le voudront.

Je pourrais aussi vous expliquer pourquoi dans de nombreux cas, c’est le système lui-même qui freine la reprise du travail et maintient les personnes en situation de RSA mais ce serait trop long à vous détailler cela ici et surtout le Département n’a pas les moyens d’action. Seul l’État est en mesure de réformer ce système mais il ne le fait pas.
Vous proposez une solution pour responsabiliser les personnes en les engageant dans une contrepartie à l’aide sociale et financière dont ils bénéficient. Ma préoccupation est de responsabiliser l’environnement social de cette personne, les voisins, les associations, les élus de proximité, les professionnels de de l’action sociale à l’accueillir dans la vie sociale, à ne laisser personne isolé, coupé de la vie publique . Là est mon premier souci et j’en suis sûre, la seule clé de l’insertion. Là seul est la voie de l’innovation.

Vous proposez d’associer ce que vous appelez « le bénévolat » au bénéfice du RSA. Je regrette l’usage de ce terme dans notre délibération. Pourquoi ? Les mots ont un sens. Être bénévole, c’est s’engager généreusement et volontairement pour une cause humanitaire ou citoyenne, c’est agir pour les autres sans attendre quoi que ce soit en retour . Être bénévole ne peut pas être une obligation. Parler de « bénévolat obligatoire » est un contre-sens et utiliser dans notre délibération cette idée ne peut être que préjudiciable à la compréhension même du bénévolat associatif par nos concitoyens. C’est donner une fausse idée et c’est faire mal aux dizaines de milliers de bénévoles qui tous les jours s’investissent au service de tous et nous avons tant besoin de leur générosité et de leur engagement ! Le bénévolat est une activité productive, socialement rentable. Mais nous avons besoin de vrais bénévoles, motivés et engagés, pas obligés. Certains bénéficiaires du RSA peuvent l’être, mais pas tous, certains auront surtout besoin d’un vrai accompagnement vers leur projet, d’autres sont malheureusement trop cassés par la vie : on ne fait pas travailler des invalides !

Et puis n’oubliez pas, chers collègues, ce qu’est d’abord le RSA, c’est un minimum vital pour des personnes, des enfants, des jeunes, des adultes, des femmes seules qui n’ont aucune autre source de revenu. Priver du minimum vital des enfants scolarisés, des jeunes sans expérience professionnelle, des adultes en mauvaise santé, inaptes à l’emploi, des quinquagénaires refusés par les entreprises, des personnes sans moyen de locomotion, des mamans en charge d’enfants en bas-âge, c’est tout simplement impossible !
Je ne m’opposerai pas à votre décision, si cela peut vous rassurer, mais je tenais vraiment à vous exprimer ceci et surtout à vous inviter à apporter demain votre soutien à une nouvelle approche de l’accompagnement des personnes allocataires du RSA que je préconise et que je souhaite également expérimenter.

Je proposerai bientôt sur mon canton une expérimentation, un accompagnement par la mutualisation de moyens, par l’échange de services et de savoirs, par les solidarités actives. Je crois en l’économie sociale et solidaire pour vaincre la pauvreté et développer l’emploi. Je crois en la proximité pour l’accompagnement. Nous avons à sortir d’une logique purement gestionnaire et technocratique (les chiffres et les règles) pour entrer dans une logique humaine et entrepreneuriale (les personnes et leur projet). C’est la seule solution pour nous en sortir.

Je vous remercie.
Fatima Jenn