Sortir du silence

Le 20 novembre est Journée internationale des droits de l’enfant. Le 25 novembre est Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes. Ces deux évènements ne sont pas seulement proches dans le calendrier. Ils sont très liés l’un à l’autre.
C’est l’assassinat le 25 novembre 1960 des trois sœurs Mirabal, militantes politiques dominicaines, qui fut la principale raison qui a conduit la République dominicaine à proposer cette journée de lutte contre la violence faite aux femmes.
Je reprendrai ce que révèle l’Organisation des Nations Unies :
« Dans le monde, plus de 700 millions de femmes aujourd’hui mariées l’ont été enfant, dont 250 millions avant l’âge de 15 ans. Les filles qui se marient avant l’âge de 18 ans ont moins de chances de finir leur scolarité et sont plus exposées à la violence domestique et aux complications liées à la grossesse. »
« On estime que plus de 133 millions de filles ont subi une forme de mutilation génitale féminine dans les pays d’Afrique et du Moyen-Orient où cette pratique est la plus courante. »
« Les conséquences de la violence à l’égard des femmes se font sentir sur plusieurs générations. »
En France, depuis le début de l’année, une centaine de femmes sont mortes sous les coups portés par leur conjoint, les deux derniers féminicides ont eu lieu ces derniers jours en Meurthe-et-Moselle et dans les Hauts de Seine. Cela nous concerne donc aussi très directement !
Les violences sont d’abord subies par les filles dès leur plus jeune âge avant de l’être par les femmes devenues adultes, mais toujours considérées comme mineures par leurs bourreaux, qui sont le plus souvent les hommes les plus proches. C’est le père et les oncles d’abord, puis les frères, le mari, le compagnon ou l’ancien compagnon
Les violences sont physiques mais elles sont aussi psychologiques, lorsqu’elles s’attaquent à l’estime de soi de la personne, à sa dignité, lorsqu’elles empêchent la fille puis la femme de rire, de chanter, de danser, de pratiquer un sport, d’entrer même dans un stade, de vivre, tout simplement.
Les violences ne sont pas un précepte religieux, mais elles sont dans une « tradition » patriarcale qui concerne tous les milieux et tous les pays du monde.
On sait que dans certains milieux, la naissance d’une fille est considérée comme une mauvaise fatalité. La fille risque le meurtre dès la naissance, car sa venue sera considérée comme un « maléfice » ; elle le risquera encore lorsque viendra pour elle le temps de tomber amoureuse, ce qui sera considéré comme un « déshonneur » ; elle le sera tout au long de sa vie.
Si elle n’est pas tuée, elle sera peut-être prostituée, vendue, abandonnée à son sort, son triste sort.
Il n’est donc pas inutile qu’en cette fin novembre, comme chaque année, nous venions rappeler à tous, et à nos dirigeants, qu’il faut agir, localement (comme nous le faisons dans le Haut-Rhin) et internationalement, comme l’ONU nous invite à le faire. Agir en soutenant les associations qui viennent en aide aux femmes violentées. Agir en sensibilisant les femmes battues que, non, ce n’est pas normal, et en disant aux persécuteurs qu’ils doivent se remettre en question ou qu’ils seront sanctionnés. Agir ici et partout dans le monde, avec le seul souci de permettre à la femme de faire son chemin vers sa liberté, vers son retour à la confiance en elle, vers son inclusion dans le monde.
Il n’est pas inutile que nous en parlions, pour que chacun soit attentif à ce qui se vit dans les foyers, dans les familles voisines.
Aux enfants dont nous défendons les droits, nous devons apprendre à ne pas reproduire les violences dont ils sont témoins.
Aux femmes victimes, nous devons les encourager à sortir du silence. Rien ne justifie la violence à l’égard des filles et des femmes.
(photo avec Dany Lauton, engagée depuis plus de 40 ans dans la lutte contre les violences faites aux femmes)