Sous le soleil exactement

On croyait l’affaire réglée depuis plus d’un siècle dans notre bonne société française : l’Etat ne reconnait aucune religion, aucun culte, mais garantit à tous la liberté de croire ou de ne pas croire, c’est le principe de laïcité. La laïcité garantit aux croyants et aux non-croyants le même droit à la liberté d’expression de leurs convictions. Chacun est libre de croire et de ne pas croire, chacun est libre aussi de changer de croyances au cours de sa vie.

La loi française sur la laïcité est une loi de liberté. Comment peut-on dès lors interdire une tenue vestimentaire dans l’espace public au nom de la laïcité ! C’est un absolu contre-sens. Les seules lois que je connaisse pouvant justifier de sanctionner une tenue sont celles qui condamnent « une imposition à autrui de l’exhibition sexuelle » et celles qui, au nom de la sécurité publique, interdisent la dissimulation du visage. Dans l’affaire qui a tout l’été occupé les médias et la classe politique, celle du « burkini », le Conseil d’Etat a eu raison de faire enfin prévaloir le droit.

Pendant tout cette période estivale où, en France, on ne parlait plus que de ça, je n’ai pas souhaité intervenir. Pour une raison bien simple : il y a bien d’autres sujets plus importants pour les Français que la tenue de bain des vacanciers à la plage ! Mais je voudrais tout de même faire remarquer que, dans cette hystérie collective, ce sont encore et toujours les femmes qui sont sujettes et victimes. C’est toujours à elles que l’on va dire ce qu’elles doivent faire et ne pas faire, comment elles doivent s’habiller, comment elles doivent se comporter… pour ne pas offenser ou provoquer ou attirer ces messieurs ou au contraire pour satisfaire à leurs attentes et sans doute à leurs fantasmes.

C’est tout cela qu’il faut une fois pour toutes arrêter : cette soumission de la femme aux diktats de l’homme. C’est vrai qu’il y a des femmes qui portent le foulard pour des raisons religieuses, C’est vrai qu’il y a des femmes qui portent le foulard pour des raisons culturelles. C’est vrai qu’il y a des femmes qui portent le foulard par soumission mais c’est aussi vrai qu’il y a des femmes qui le portent parce qu’elles le veulent et qu’elles en ont tout simplement envie. Moi, de mon côté, ce qui m’intéresse c’est le respect de la liberté et du choix de la femme. Que fait-on réellement pour permettre à la femme de choisir et d’être libre ? Nous nous focalisons sur le foulard et sur le burkini mais je peux vous dire qu’il y a des femmes en bikini et sans foulard qui sont soumises !

Sur la plage où je me trouvais, au Maroc, j’ai échangé avec de nombreuses femmes. Des femmes d’un certain âge étaient en bikini, elles m’ont dit leur opposition totale au burkini, alors qu’à quelques pas d’elles, il y avait une jeune fille qui le portait. En la désignant, les dames me disaient que les jeunes filles en burkini venaient à la plage pour rencontrer des garçons, pour « draguer » donc, et que cette tenue était recherchée par certains garçons. La jeune fille en question était très maquillée. Elle se maquillait à la plage, elle était accompagnée d’une autre jeune fille en bikini et qui fumait sur la plage. J’ai demandé à la fille en burkini pourquoi elle se maquillait, lui montrant ses contradictions. Elle m’a dit qu’elle aimait se maquiller mais qu’elle ne le ferait plus alors. Cette anecdote montre d’abord la diversité des pratiques des unes et des autres et combien le port du burkini, pour certaines, est bien éloignée de la foi véritable et de la compréhension de la religion. Leur connaissance de l’islam est en tout cas vraiment peu solide !

S’il y a quelque chose qu’il nous faut absolument défendre et promouvoir, c’est l’émancipation de la femme. On ne libère en tout cas pas la femme par décret,  mais c’est chacune qui doit, elle-même, faire le chemin pour choisir sa vie. Les arrêtés municipaux contre le burkini sont contre-productifs : ils isolent encore un peu plus certaines femmes, ils divisent la population, ils confortent les radicalismes. Sortons donc vite de cette sale ambiance et redevenons raisonnables : les femmes voilées ne sont pas des terroristes et quand elles viennent à la plage, elles ne nous prennent pas notre soleil.