Tour de l’Europe: quel projet ?

(mon intervention au Conseil municipal du 14 mars 2019)

Comme tout Mulhousien, je suis très attachée à l’image de notre ville, en France et ailleurs, à son prestige industriel, à ses symboles.

La Tour de l’Europe est à l’évidence l’un de ces symboles.

Voilà un symbole qui autrefois faisait notre fierté – combien de Mulhousiens ont emmené leurs invités sur la terrasse et dans le restaurant tournant de la Tour pour admirer le panorama urbain à leurs pieds ! Mais ce temps-là est révolu.

La Tour de l’Europe est maintenant devenue un symbole de notre dépit ! Un symbole de l’incapacité collective à valoriser un patrimoine qui était le nôtre, de l’incapacité à défendre l’intérêt général plutôt que des intérêts particuliers, qui sont des intérêts particulièrement malveillants comme on peut s’en rendre compte dès lors que l’on plonge un tant soit peu dans le dossier de cette Tour de l’Europe.

                Je m’y suis plongée ! C’est un dossier lourd, très lourd ! L’exemple même d’une copropriété entrée depuis des années dans une spirale négative, une Tour non plus dressée vers les sommets mais s’enfonçant dans les profondeurs de la dégradation : dégradation du bâti, dégradation de la trésorerie, dégradation des relations entre tous les copropriétaires…

                Quelques chiffres parlants : Au mois de décembre 2018 : environ 635 000 euros d’impayés  , soit plus de 56 % du budget, des dettes fournisseurs d’environ 435 000 euros, soit 38 % du budget, des délais de paiement entre 6 mois et un an

Les impayés sont imputables pour un tiers d’entre eux à des mauvais payeurs connus sur la place, particulièrement de mauvaise foi, mais qui continuent à agir et à sévir, et même à prendre toute leur place au sein du conseil syndical en bloquant toute possibilité de décision constructive.

                La copropriété doit aujourd’hui faire face à l’impossibilité technique et financière d’effectuer les travaux nécessaires de rénovation :

Comment imaginer une Tour sans ascenseur ? A la Tour de l’Europe, deux ascenseurs à l’arrêt. Et pour les réparer, il faudrait désamianter et le désamiantage, vous le savez bien, cela a un coût faramineux !

Comment imaginer une Tour sans énergie ? A la Tour de l’Europe, les copropriétaires font face à l’impossibilité, même d’envisager, les travaux de rénovation énergétique. Là aussi, pour des raisons techniques, mais aussi pour des raisons financières : une copropriété ne peut pas vivre à crédit et la trésorerie d’une copropriété ne peut être débitrice.

Comment imaginer une Tour ne garantissant pas la sécurité des publics accueillis ? La commission de sécurité a donné un avis défavorable ERP au restaurant, pour des raisons que l’on ne peut pas suspecter d’être illégitimes.

                Tout cela est la situation, calamiteuse, à laquelle nous avons à faire face aujourd’hui, avec toutes ses conséquences : l’équilibre financier du syndicat est gravement compromis ; la copropriété se trouve fortement dévalorisée, les biens fortement dépréciés, des appartements sont réservés à des séjours de courte durée et même à des activités pas toujours recommandables.

                La préemption par la Ville des derniers étages constituant le lot de l’ancien restaurant est-elle la solution miracle ? Je me pose beaucoup de questions et j’aimerais avoir des réponses :

Quel est le projet derrière la préemption ? Pour qui la Ville agit-elle ? Nous avons besoin de transparence. S’agit-il seulement d’entrer dans la copropriété pour se donner les moyens d’agir ou s’agit-il d’autre chose ? La Ville doit défendre l’intérêt général, pas des intérêts particuliers. J’espère que c’est le cas.

   Mais permettez-moi d’en douter, car il y a dans     ce dossier beaucoup d’opacité de nature à nous inquiéter.

Qui est l’acheteur initial ? S’il y a eu un compromis de vente, il a été signé avec un acquéreur, qui est ce ? On voudrait bien en savoir plus sur la DIA, sur l’estimation faite par les Domaines (elle est obligatoire).

Quel est le coût de cette préemption ? Pas seulement le coût aujourd’hui mais le coût demain ? Quel serait le coût des travaux de réhabilitation du restaurant pour une accessibilité ERP ? Quel serait le coût pour le rendre à nouveau tournant ? Le coût de sa rénovation serait exorbitant.

Et puis je rappelle la question du désamiantage. On veut un chiffrage ! C’est le préalable normal à une décision sérieuse et responsable du Conseil municipal.

Pourquoi devrions-nous accepter ce prix de vente largement excessif, alors que le prix au m2 de la Tour est d’environ 300 € ?

Et puis, quel est le projet ?

Comment ne pas être par avance inquiets quand, par le passé, nous avons vu la Ville préempter des Biens et que, dans de nombreux cas, cela s’est traduit par des friches ou pour le moins, par l’absence de projets ou de solutions ?

               Je citerai simplement la préemption de la villa Jacquet,

                Ne parlons pas du rachat du Match Lavoisier qui se traduit aujourd’hui par une friche industrielle de plus.

                Pour ne pas être trop longue, et dans l’attente de vos réponses, je dirais en conclusion que l’urgence pour la Tour n’est pas cette préemption, elle est sur le fond, ici comme ailleurs, dans la réponse à apporter à toutes les copropriétés en difficulté :

  1. Lutter contre la mauvaise foi des débiteurs chroniques et réduire leurs influences sur les organes de gestion :
  2. Lutter contre l’arrivée des mauvais copropriétaires.

                Mais pour engager cela, au côté des conseils syndicaux et des copropriétaires de bonne foi, encore faut-il en avoir la volonté politique ! Encore faut-il avoir un projet pour la Tour, pour les copropriétés, pour la ville !

                Rassurez-moi, s’il vous plait ! Rassurez les Mulhousiens ! Derrière cette préemption, vous avez bien un Projet ? !