Humanistes, antiracistes, ne nous divisons pas !

Humanistes, antiracistes, ne nous divisons pas !

Notre pays et notre ville entrent à nouveau dans une période pré-électorale. Je m’attends malheureusement au pire, c’est-à-dire à la division et aux clivages politiciens, stériles, terriblement stériles. Il ne s’agit pas bien entendu de nier et d’effacer nos différences. La démocratie est trop belle pour ne pas apprécier cette chance que nous avons e France de pouvoir exprimer nos différences. Mais quand la haine monte, quand le monstre guette, les humanistes, les antiracistes doivent se retrouver, se rassembler, en tout cas ne pas s’affronter par hypocrisie partisane.

Je suis heureuse qu’à Strasbourg, ville à majorité socialiste et écologiste, cette semaine soit une Semaine pour l’égalité et contre les discriminations et la semaine prochaine une Semaine pour les solidarités.

Je suis heureuse que Mulhouse, ville à majorité LGMUMPNCMoDem, ait été pionnière pour réaliser depuis cinq ans les Rencontres de la diversité et que la municipalité mais surtout les associations mènent tout au long de l’année des actions et un engagement fort pour conforter le vivre-ensemble. Je suis élue en charge, par délégation du Maire, de la lutte contre les discriminations et pour l’égalité des chances, de l’intégration et de la diversité, mais aussi en charge de la lutte contre les violences faites aux femmes et intrafamiliales. A ce titre, je suis prête à entendre les critiques sur le bilan d’une action, à la condition toutefois que celles-ci soient justes et fondées.

J’ai voulu que les Rencontres de la diversité soient un moment fort annuel de notre combat pour l’égalité républicaine et contre toutes les formes d’intolérance et de discrimination. D’année en année, l’évènement a pris de l’ampleur, les prestations proposées par les associations ont gagné en qualité, les entreprises mulhousiennes ont signé des engagements. Avec peu d’argent, car nous sommes comptables des budgets publics et de l’effort fiscal des Mulhousiens, nous avons fait beaucoup. Mais on le sait bien, l’humain est difficilement mesurable. Comment apprécier les effets dans les esprits, dans les consciences, dans la vie collective de cet effort ? On sait voir les tensions urbaines. On ne voit pas suffisamment les relations apaisées entre les gens. Et pourtant elles existent bien ! Sinon, pourquoi les habitants diraient-ils très majoritairement qu’ils aiment leur quartier et leur ville ? Ils les aiment parce qu’ils y perçoivent une qualité de vie, une qualité de ville. Pour préserver et améliorer cette qualité, c’est cependant un effort de tous les instants, de lutte contre les intolérances mais aussi contre les peurs justifiées du chômage et de la précarité et contre l’insécurité. Il faut combattre les causes du mal, cette «économie souterraine » qui entraîne délinquance et criminalité, renforcer la République partout où elle est menacée, le droit partout et rien que le droit, veiller au devoir pour chacun de respecter le droit commun.

Mon action pour Mulhouse et pour ses habitants, au titre de la délégation qui m’a été attribuée par le Maire, Jean Rottner, n’est pas un artifice de communication mais un ensemble de leviers que j’ai voulu utiliser pour cet engagement républicain :

  • Depuis 2011 plus de 80 entreprises du Sud Alsace, dont les trois plus grands employeurs Peugeot (8500 emplois), l’hôpital Emile Muller (6000 emplois), la Ville et l’agglomération mulhousienne (3300 emplois ) sont aujourd’hui engagées pour mettre en œuvre les bonnes pratiques d’égalité des chances et des droits.
  • Un réseau égalité a été constitué avec l’appui des principaux financeurs publics (collectivités, Etat, Europe). Les chefs d’entreprise y occupent une part active. Nous nous intéressons à toutes les discriminations, aux inégalités entre les femmes et les hommes, aux difficultés des jeunes à entrer dans la monde du travail et aux seniors d’y rester. Pour les plus jeunes, nous favorisons l’accès aux stages de découverte dès la classe de 3ème. Pour tous, nous créons un réseau de référents, nous formons les cadres des entreprises, nous veillons à l’impartialité des procédures de recrutement et d’évolution de carrière, à l’accès a emploi des personnes handicapées. Des bilans sont faits régulièrement avec les uns et les autres, avec les entreprises, avec les établissements d’enseignement, avec tous les opérateurs du réseau.
  • A chaque fois qu’elle le peut, la Ville de Mulhouse sort de ses murs pour faire part aux autres de son expérience, pour partager les pratiques avec d’autres villes. La collectivité a participé aux rencontres d’Amiens « les collectivités garantes de l’égalité de traitement dans la cité », aux formations proposées par Alda « lutte contre les discriminations ». Elle a soutenu le déplacement de 21 jeunes à Montréal au « Sommet des jeunes ». Elle a encouragé la création d’un collectif de 12 jeunes Mulhousiens engagés dans des actions autour de l’égalité homme/ femme et sur les discriminations dans l’accès à l’emploi. Le personnel de la Ville est formé à lutter contre les discriminations. Un partenariat avec la LICRA a été signé pour développer un outil pour smartphone qui permet de signaler et de géolocaliser des tags à caractère racistes ou antisémites.

On le voit, cette action prend des formes multiples, adaptées aux pratiques culturelles des uns et des autres, aux jeunes, aux anciens, aux femmes. C’est aussi un effort permanent pour que les uns et les autres se connaissent mieux et donc s’estiment, se respectent. C’est aussi le dialogue entre les cultes car chacun a droit à vivre sa foi dans la tranquillité et dans la dignité, dans le respect des règles communes de la République. L’Alsace est une terre de laïcité apaisée. Les chrétiens comme les juifs et les musulmans de notre région ont droit à leurs lieux de culte sans que cela déchaîne des passions. Si nous sommes une terre d’humanisme c’est aussi parce que nous sommes une région frontalière et que nous en avons beaucoup souffert.

J’aimerais tant que les générations futures gardent de 2014 le souvenir d’une année d’humanisme et d’antiracisme, pas de celle de « la bête immonde », pas d’une année de haine et de monstruosité !